L’évaporation du commencement, par Camille Philibert-Rossignol

Lambert cherche comment commencer son vase communicant de Juillet. De quoi pourrait-il bien parler ?

Sur le quai de la station Porte des Lilas, une phrase surgit dans les brumes de son esprit,

– Peu importe le contexte, même dans un miroir un reflet ne dit pas plus qu’il ne montre.

Puis Lambert se dit qu’un début de texte mériterait une première phrase plus définitive, genre

– A partir de quelle intensité d’obscurité s’estompe le contour d’un reflet.

Lambert se gratte la joue. Il apprécie la sonorité mais ne comprend pas le sens. Calé sur une banquette de métro, devant ses yeux entrouverts apparait

– Peut-être n’y a-t-il rien à voir, la nuit est peut-être tombée.

Lambert sourit, il trouve à ce début un petit côté galvanisant. Il sent qu’il tient quelque chose. A la sortie porte Berger de la station Les Halles, soudain dans l’air des petits points. C’est des lettres qui viennent d’apparaitre, elles virevoltent rapidement. Un essaim de mouches à patin qui dansent dans l’air devant les yeux de Lambert. Entre lui et l’église Saint Eustache, elles jouent à saute-mouton dans l’air, pendant quelques secondes elles forment des mots, toute sorte de mots qui se défont aussitôt. Même pas le temps de lire. Lambert traverse la rue. Venues de nulle part, plusieurs phrases se forment en apesanteur.

– Plus opaque qu’une forêt sans lune, plus mat qu’une tache d’encre de chine, le reflet s’estompe encore jusqu’à ce qu’on ne discerne plus aucun contour, nulle forme. Nulle preuve d’existence d’un visage. Un visage avec un nez qui existe, une bouche qui existe, des yeux qui existent, des iris qui existent, des pupilles sombres dans lesquelles se perçoit un contour ovale et minuscule. Un contour incorporé. Le reflet d’un visage que fixerait un oeil.

En arrivant rue Montorgueil Lambert tâte ses poches, il devrait y avoir un stylo, un carnet. Ses mains ne trouvent rien. Souffle de vent, l’essaim de mouches se disperse, les lettres vibrent, les mots se disloquent. Et la phrase s’évapore…Lambert baisse la tête, une flaque, il allonge sa foulée et l’enjambe. Soupire. C’est con, si prêt de chopper une amorce, un début.

Lambert cherche comment commencer son vase communicant de Juillet.

Ce mois-ci, mon vase se trouve ici

Les autres Vases communicants sont :

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