Emeraude en Adagio sostenuto

Je sors du lit comme un bouclier normand en temps de paix.

Ma ceinture et mes armes m’ont désertés, sous mes ordres.

L’injonction en érection, telle une épée bleue, dressée,

Contre personne, contre tout, érigée pour toi ;

Tamisée par la pénombre, par une lumière vague déferlante,

Domptée par l’odeur floue d’une camomille romaine, rêvée sous l’eau.

Hélas ! Je sors du lit, une mandoline sans main, sans escorte,

Sa chanson vibrante comme une corde, une voix de soie,

Les vêpres de dimanche sous une cordelière en ophite, les nœuds défaits,

La corde longuement limée par l’aubade, par une autre musique,

Habillée par les mains longues de violon, vêtue par le velours de nuit.

Mes mots de l’aube sont des oiseaux de proie, aveugles,

Lestes comme un sanglier répondant au gré du vent,

Chancelant, comme des feuillages d’automne, songeant.

Toi, tu fus comme le corps souple d’une feuille veineuse,

Convulsée du sang printanier et du plasma en ocre et mauve.

Oui, ces mots furent ionisés, ils sont d’une matière façonnée

Sur le lit de tes fleuves rougeâtre ; creusés des entrailles

D’une terre érubescente, rouge de rubis-sang, d’une forme filante,

D’une émotion honteuse avançant sur les lèvres d’une pivoine.

Encore, ils seront blancs, mes mots, tel tes cimes laiteuses,

Humides, ils graviront sur l’air du matin, vers un port du Levant.

Mes mots, qu’importe leur forgeage, ils sont pour toi, non pour autrui.

Ils sont païens comme mon nez, enrobés d’une chaire indolente pour

Ta seule consommation. Seule es-tu responsable de ces mots-ci,

Mots dressés sur l’îlot d’un temps ancien, désormais étayés sur les vestiges

D’une nuit ambulante, nuit errante et ancrée par son errance,

Des nuits moulées comme les colonnes noires parmi un peuple ébène,

De peau ruisselante, matte. S’appela-t-il multitude, ce peuple, ou pléthore ?

Mes mots recouvrent sa semence comme une chevelure de plumes,

Ils susurreront leur nom comme l’anche sur le hautbois de ton corps,

Ils ourdiront  leurs sacrements comme les folioles mi-roses de tes mamelons.

Mes mots sont un bouclier arraché des limbes de nuits, du sol ténébreux,

De la douce couche partagée avec toi, la jadéite, femme du blanc olivâtre.

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